#healing Guerriers (1938-1939) – Arpad Szenes (1897-1985)

Some gout images:

Guerriers (1938-1939) – Arpad Szenes (1897-1985)
gout

Image by pedrosimoes7
Arpad Szenes-Vieira da Silva Foundation, Praça das Amoreiras, Lisbon, Portugal

Material : Oil on canvas
Collection: Arpad Szenes-Vieira da Silva Foundation

BIOGRAPHY

Árpád Szenes est un peintre non figuratif français d’origine hongroise, appartenant à la nouvelle École de Paris, né le 6 mai 1897 à Budapest et mort à Paris le 16 janvier 1985. Szenes et Maria Helena Vieira da Silva, qui se sont rencontrés à Paris en 1928 et mariés en 1930, forment l’un des plus célèbres couples de peintres de l’art contemporain. Une fondation réunit à Lisbonne (Portugal) leurs deux noms et leurs deux œuvres. Szenes pensait que « les peintres vivent peut-être vieux parce qu’ils font un métier non violent et contemplatif… Il faut vivre longtemps pour avoir le temps de faire beaucoup de bêtises et quelques chefs-d’œuvre. »

PREMIÈRES ANNÉES

Árpád Szenes naît le 6 mai 1897 à Budapest (Hongrie) dans une famille d’intellectuels et d’artistes. Son père est ingénieur, sa mère musicienne, un de ses oncles est à la fois compositeur et musicien. Un cousin du père ainsi que ses enfants font de la sculpture, un autre est metteur en scène, directeur de théâtre, ami d’Erwin Piscator et de Max Reinhardt. Árpád reconnaît qu’il est issu d’un milieu privilégié et que dès son enfance, il a été fasciné par l’art dont il était entouré . Lui-même joue du piano dès l’âge de quatre ans et pendant dix ans. Mais surtout il dessine spontanément des portraits que ses parents conservent précieusement. Aussi loin que remonte la mémoire de l’artiste, il lui semble qu’il a toujours dessiné et peint. Dans sa famille il fréquente un milieu cosmopolite, rencontrant Marie Cuttoli et les Pitoëff. Très tôt il manifeste des dons pour le dessin et la peinture

Enfant unique, il est très entouré. Son père lui fait découvrir l’art classique, et plus tard, après la mort de son père Desider Bokros-Bierman lui fait découvrir l’art contemporain international. Il rencontre Boros-Bierman à l’armée où il est entré pour faire son service militaire. Mais après un début dans la cavalerie, Szenes blessé, et également atteint de tuberculose, ne retourne pas au combat.

Après avoir effectué de 1916 à 1918 son service militaire, il entre à l’« Académie libre » de Budapest où il a pour professeur József Rippl-Rónai, ami de Henri Matisse, Aristide Maillol, Albert Marquet, Pierre Bonnard et d’Édouard Vuillard. József initie le jeune artiste aux recherches de l’École de Paris d’avant 19142. Árpád découvre en même temps la musique de Béla Bartók, Zoltán Kodály ainsi que les premiers pas du mouvement Dada avec l’artiste Lajos Kassák qui est en relation avec Jean Arp et les artistes qui vont créer le Bauhaus.

Lors de la révolution d’Octobre 1919 en Hongrie il découvre les recherches de son temps : cubistes, futuristes, constructivistes, à travers la multitude d’affiches dont se couvrent les murs de Budapest. Ceci va l’aider à mieux discerner sa propre orientation. Pour la première fois, à l’occasion d’un concours, Árpád expose des peintures abstraites au Musée Max Ernst de Budapest en 1923.

À partir de là, selon Jocelyne François, Szenes se disperse, semble perdre son temps. Cette vie commencée dans la vigueur d’un milieu intellectuel compréhensif : « Árpád la dilapide avec une joyeuse indifférence jusqu’à trente-deux ans. » Il multiplie les voyages, les recherches. Il perd du temps avec le sentiment que cela lui servira. Il parle plus tard de cette époque avec des détails très précis, et il semble que ces détails se cristallisent et trouvent leur unité dans la peinture qu’il entreprend autour de Vieira da Silva qu’il rencontre en 1929 et qui va devenir sa femme.

AVEC VEIRA DA SILVA

Le couple forme bientôt un tandem d’artistes à influence réciproque extrêmement fructueux :

« Il n’est pas interdit de penser que le sérieux, l’obstination passionné que Vieira apporte à sa propre peinture contaminent Árpád Szenes, et le bousculent dans ses retranchements d’esthète brillant, insouciant, peu préoccupé de l’avenir. Sa rigueur à elle constituera l’assise dont il a besoin et sa liberté à lui délivrera Vieira de l’angoisse où elle se serait peut-être laissée enfermer au terme d’un parcours vertigineux dans la profondeur – Jocelyne François »

Árpád Szenes a commencé en 1924 un long voyage à travers l’Europe qui l’a conduit à Vienne Berlin, à Munich, Florence, Rome puis en 1925 à Paris où, pour gagner sa vie, il exécute des caricatures dans les boîtes de nuit, les cafés et les brasseries de Montmartre. Installé successivement à Belleville, La Villette, aux Buttes-Chaumont, il prolonge son séjour à Paris grâce à un emploi provisoire dans la presse.

En 1928, il fréquente sans y être inscrit l’Académie de la Grande Chaumière où il rencontre Maria Elena Vieira da Silva, qu’il épouse en 1930 « Je ne connaissais pas son nom, mais j’avais parlé d’elle à ma mère, elle avait parlé de moi à la sienne. Tout de suite nous avons décidé de nous marier. C’était instinctif. Il n’y a pas de logique dans la vie. Il y a des hasards merveilleux, stupides ou terrifiants. »

Le jeune couple s’installe « Villa des Camélias », un lieu qui sert de thème aux deux peintres qui produisent une série de toiles intéressantes à rapprocher. Ils y ont tour à tour pour voisins Jules Pascin, Edgard Varèse, Kokoschka. Dans les brasseries de Montmartre, ils côtoient les sculpteurs Alberto Giacometti, Calder, Jacques Lipschitz.

Dès cette époque Szenes réalise de nombreux portraits de sa femme au travail : de grands portraits, des dessins, des croquis. En 1930 ils séjournent plusieurs mois en Hongrie et en Transylvanie, dans une colonie d’artistes à Baia Mare où se côtoient gitans, juifs orthodoxes, paysans roumains, bourgeois hongrois, et artistes étrangers.

Szenes travaille en 1931 la gravure à l’« Atelier 17 » de Hayter où il rencontre les peintres surréalistes, Miro et Max Ernst. Avec Vieira da Silva il participe aux réunions des « Amis du Monde », se liant avec Étienne Hajdu, plus tard Estève et Pignon. Jusqu’à la guerre Szenes séjourne régulièrement durant l’été avec Vieira da Silva au Portugal, s’installant en 1935 et 1936 à Lisbonne.

Pour Marie Cuttoli qui crée un atelier de tapisserie, il copie en 1937 des œuvres de Braque et Henri Matisse et participe la même année auprès de Jean Lurçat à des décorations pour l’Exposition internationale de Paris où les Delaunay ont exécuté leurs travaux monumentaux à la demande de Léon Blum.

En 1939 Szenes et Vieira da Silva quittent Paris, confient leur atelier et leurs peintures à Jeanne Bucher dont ils ont fait la connaissance dès 1932, et ils s’installent à Lisbonne. En 1940, Árpád expose ses œuvres récentes au Secrétariat National à Lisbonne, parmi celles-ci se trouvent un nombre important de portraits de Maria : Portrait de Viera, 1930, huile sur toile, 130 × 54 cm10, quelques gravures, et des grandes toiles, les Fanfares, et les Combats : FanfareII huile sur toile, 1939, 86 × 116 cm11.

Cette année-là, le couple quitte d’Europe pour le Brésil. Maria et Árpád ouvrent un atelier dès leur arrivée à Santa Teresa sur les pentes du Corcovado. Leur habitation et leur atelier sont établis dans les ruines d’un luxueux hôtel dont le parc est envahi par une énorme végétation. Très vite, ils réunissent un cercle d’intellectuels qui compte les poètes Cecilia Meireles et Murilo Mendès.

L’atelier de peinture de Szenes attire jusqu’à deux cents élèves en 1944, ce qui l’oblige à en ouvrir un plus grand dans le quartier Silvestre à Rio. Szenes est exposé cette même année au Musée national des beaux arts de Rio de Janeiro, avec une vente au profit de la R.A.F. Cette même année c’est au Museum of Modern Art de New York qu’il expose Atelier 17, sélection d’œuvres qu’on retrouve l’année suivante, en 1945, au Art Institute of Chicago, puis au Cincinnati Art Museum. En 1946 après une exposition particulière la Salle des architectes de Rio de Janeiro, on retrouve cette même exposition Atelier 17 au Musée de la Légion d’honneur de San Francisco. Le couple Szenes-da Silva retourne en France en 1947, avec de brefs séjour au Portugal où est restée la mère de Maria Elena qui les rejoindra à Paris en 1957.

Là commence pour Szenes sa série des Banquets, peintures toutes en longueur : Banquet 1948, (1948), huile sur contreplaqué, 47,3 × 153 cm14, Banquet 1950, gouache sur papier, 5,2 × 28,5 cm15, Banquet 1950 II, aquarelle sur papier, 2,4 × 44 cm16, Banquet 1951, gouache sur papier, 8,6 × 31 cm17.

En 1949, l’État acquiert Composition (l’Atelier) peint en 1948, déposé au Musée des beaux-arts de Nîmes. C’est également en 1949 que la Galerie Jeanne Bucher organise une exposition particulière de son œuvre. Dans les années qui suivent, on retrouve les œuvres de Szenes exposées au Musée cantonal de Lausanne sous le titre Rythmes et couleurs, à la Kunsthaus de Zurich, à Milan, à Copenhague, et à la biennale du musée d’art moderne de São Paulo, au Musée Solomon R. Guggenheim de New York, au Salon de mai à Paris.

LA PÉRIODE INTENSE ET LES DERNIÈRES ANNÉES

En 1955 l’État acquiert une deuxième Composition exposée au Salon des Surindépendants, et en 1956, Szenes est naturalisé français, sa femme Maria Elena l’est aussi par un décret du 15 mai de cette année-là. Installés rue de l’Abbé-Carton, dans une maison construite à leur usage par l’architecte Georges Johannet, le couple aménage deux ateliers et décore abondamment leurs lieux de vie de terres cuites et d’azulejos.

Un voyage en 1958 au Portugal et dans le sud de l’Espagne est à l’origine de développements plus paysagistes de sa peinture où commence, dans les années 1960, de se multiplier en stratifications de couleurs marines ou terriennes le « Développement vertical de l’horizon ». Parmi les paysages exposés à la salle Saint-Jean de l’hôtel de ville de Paris, se trouvent La Vallée, huile sur toile, (1958), 89 × 116 cm 20, Les Labours (1961), huile sur toile, 137 × 115 cm21, Le Fleuve Amour, (1961-1969), huile sur toile, 73 × 60 cm22

Szenes s’engage dans des grands formats, comme Les Labours, (1961), Peinture, (1961), huile sur toile 73 × 116 cm, parfois « démesurés » comme L’Étoile, (1962), huile sur toile 150 × 50 cm, Archipel, (1962), huile sur toile 50 × 150 cm, Paysage, (1962), huile sur toile, 150 × 50 cm. En 1960, l’État a acquis une autre Paysage après son exposition au Salon des réalités nouvelles en même temps qu’une gouache Le Grand massif, présentée à la Galerie Cahier d’Art.

Le Musée Fabre de Montpellier fait l’acquisition de Archipel. En 1966, le peintre et Viera séjournent à New York visitent les États-Unis, en particulier l’Arizona ; le musée de Beaux arts de Rouen acquiert L’Algarve huile sur toile de 1964, et Szenes illustre de trente neuf gouaches un manuscrit de René Char que le poète offre à Yvonne Zervos.

À partir de 1972, la rétrospective de ses œuvres fait le tour des musées français avant d’aboutir à la dernière et grande rétrospective au musée d’art moderne de la ville de Paris et à l’exposition de la galerie Jeanne-Bucher que René Char commente : « Admirable leçon de Szenes ! C’est la nature qui consent à l’observation du peintre, non la fange qu’elle a, par goût, aveuglée. Nous rêvons sur des rêves où la réalité se trouve mentalisée. Un faire interminable est là devant nous, rayonnant il est vrai, de nos douleurs et de l’oubli reconduit de nos douleurs. Peindre, c’est presser la tentation. Peindre, c’est disposer. »

L’œuvre de Szenes reste étonnement riche jusqu’à la fin de sa vie, avec toujours des grands formats comme Paysage imaginé, 1978, huile sur toile, 100 × 81 cm, L’Ondée 1980, huile sur toile 114 × 146 cm, Près des dunes, 1981, huile sur toile, 150 × 50 cm24 .

EXPOSITIONS

À partir de 1958, Szenes participe à de nombreuses expositions collectives, mais ses travaux font aussi l’objet d’expositions particulières. En 1961, à la galerie du Chêne, (Lausanne), en 1965, à la galerie La Hune, Paris, en 1968 à la National Gallery of Art de Washington, en 1969 à la galerie Jacob, Paris. En 1970, l’Inspection des Musées de province du Louvre organise la première rétrospective de son œuvre au musée des beaux-arts de Rouse, musée des beaux-arts de Rennes, musées de beaux-arts de Lille, puis en 1972-1973 la Fondation Calouste Gulbenkian de Lisbonne accueille à son tour une rétrospective de ses tableaux enrichie de dessins et œuvres anciennes25.

En 1974, à Paris, la rétrospective Árpád Szenes a lieu au musée d’art moderne de la ville de Paris tandis qu’une grande exposition est réalisée à la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne. En 1976, il accompagne d’eaux-fortes un livre de poèmes de Claude Esteban, Dans le vide qui vient, pour la collection "Argile" des éditions Maeght.

Après la mort d’Árpád Szenes le 16 janvier 1985 à Paris une nouvelle rétrospective a lieu en 2000 à l’Hôtel de Ville de Paris. Szenes fait partie des peintres réunis pour l’exposition "L’Envolée lyrique, Paris 1945-1956" présentée au musée du Luxembourg (Sénat), avril-août 2006 (Grand dialogue, 1956, Musée national d’art moderne) [catalogue : ISBN 88-7624-679-7].

« Ce paysage se profile sur un fond de camaïeu aux nuances les plus subtiles (…) Ce gris, qui comprend en lui tant de valeurs et si diverses, gris foncés passant aux gris blancs et gris teintés, est ponctué de signes ocre, bleus, rouges, verts, bistre, qui sont autant de lumière nous guidant dans notre voyage à travers ces paysages imaginaires qu’ils éclairent d’une lueur discrète et fugitive comme autant de signaux joyeux. »

« Progressivement, les structures s’effacent, libérant l’espace. La peinture de Szenes exalte le passage, l’évanescence du ciel et des nuages, du vent et du sable mais aussi la stabilité de la terre, en touches légères à partir d’une palette privilégiant les camaïeux subtils de gris foncé et de blancs, ponctués de signes bleus, verts, ocre ou bistre. (…) Dans les années 80, l’emploi fréquent du papier comme support pour l’huile, la tempera ou la gouache lui donne une plus grande liberté encore. »

En 2006, de nouveau à la galerie Jeanne-Bucher, une sélection de ses peintures gouaches et dessins est exposée. En 2013, on retrouve Szenes dans une exposition de groupe à la galerie Le Minotaure, du 1er février au 30 mars : Artistes hongrois après-guerre à Paris.

SOURCE: Wikipedia

Pimiento morrón
gout

Image by alejandro!

IMG_5862B Giovanni Ambrogio Bevilacqua Actif en Lombardie 1474-1512 environ. Vierge adorant l’Enfant. The Virgin adoring the Child. Vers 1500. Dresde. Gemäldegalerie Alte Meister.
gout

Image by jean louis mazieres
Giovanni Ambrogio Bevilacqua Actif en Lombardie 1474-1512 environ. Vierge adorant l’Enfant. The Virgin adoring the Child. Vers 1500. Dresde. Gemäldegalerie Alte Meister.

DU GOTHIQUE A L’HUMANISME, APPELÉ "RENAISSANCE", A L’ART MODERNE

La peinture italienne des 13è-15è siècles est particulièrement instructive : Elle met en évidence l’évolution très progressive de la peinture européenne qui part d’ un style linéaire, proche du style de Byzance et du style Paléo-chrétien ("la peinture plate", en deux dimensions), pour arriver au style totalement réaliste, qui s’imposera à la fin du 15è et au 16è siècle (la peinture en trois dimensions).
Cette évolution est déjà perceptible pendant la période de l’art roman, mais elle devient évidente surtout pendant la période gothique. Elle peut être très bien aperçue dans les oeuvres peintes dans les livres : les enluminures. Selon les écoles l’évolution est plus ou moins rapide, mais elle suit le même chemin.
Peu à peu, au cours des 14è et 15è siècles, les artistes du gothique italien parviennent à rendre de manière plus convaincante, plus conforme à la vision humaine, les volumes des personnages, les expressions psychologiques, et la perspective. Les tableaux gagnent en profondeur, l’illusion de la troisième dimension sur une surface plane (mur, livre ou tableau de chevalet) se fait à chaque génération plus crédible.
Cette évolution se perçoit très bien si on part des oeuvres de Simone dei Crocifissi (1365) ou de Guido da Siena (1380), encore très proches de l’esthétique byzantine, pour arriver à Carlo Crivelli (1485) en passant par Pietro et Ambrogio Lorenzetti (vers 1340) et poursuivre l’évolution vers "la peinture pleine" (en trois dimensions) jusqu’au début du 16è siècle.
Cette transformation vers une représentation réaliste du monde en trois dimensions n’attend absolument pas la période dite de la "Renaissance". Au début du 16è siècle "La Renaissance" apporte seulement la touche finale.
Cette évolution technique est d’autre part commune à toute la peinture de l’Europe de l’Ouest : en Flandre, en Allemagne, en France, dans la péninsule Ibérique. Elle ne se limite pas à la peinture italienne. L’évolution au nord des Alpes, vers la peinture en trois dimensions, est tout à fait semblable à celle qui se voit en Italie, malgré les différences de style. Mais elle se perçoit un peu moins aisément car l’Europe du nord privilégiait les vitraux par rapport aux fresques. Or les vitraux plus fragiles sont moins nombreux à témoigner. Parce que aussi les tableaux de chevalet apparaissent un peu plus tardivement, ou ont été détruits par les protestants lors des guerres de religion. L’Italie est, pour cette raison qu’elle a mieux conservé son patrimoine artistique, un témoin privilégié de l’évolution de la peinture européenne.
L’histoire officielle enseigne que la Renaissance est un "renouveau", un point de départ "progressiste", "révolutionnaire", porteur de grands changements bénéfiques, de "Progrès". Cette histoire est écrite sous la pression des idéologies actuelles, nos contemporaines religions en Occident, qui déforment notre vision du monde pour la rendre conforme à leurs croyances et à leurs intérêts. En réalité la Renaissance est le point d’achèvement d’un effort poursuivi pendant plusieurs siècles, depuis l’an Mille en dates grosses, par la civilisation européenne dans tous les domaines. Et plus particulièrement dans le domaine de la peinture pour représenter le monde comme les yeux de l’homme le voient.
L’originalité de la Renaissance, en art, est ailleurs : l’Humanisme introduit des thèmes nouveaux, non religieux, inspirés par la Philosophie, la Mythologie et l’Histoire de la Grèce et de Rome. Des thèmes nouveaux qui s’ajoutent aux thèmes anciens, tirés de la religion catholique. Sans aucunement les exclure.
"La Renaissance" c’est essentiellement un retour au Passé ! Et c’est une des raisons pour laquelle l’Italie en est une des terres privilégiées :
1) Parce que l’Italie a conservé de l’Antiquité gréco-romaine bien plus de témoignages que les autres pays européens, y compris la Grèce bouleversée dès le 7è siècle par les invasions slaves et délaissée par Byzance.
2) Parce que les conquêtes turco-musulmane de l’Europe sous influence byzantine, à partir du 14è siècle, font fuir de nombreux lettrés byzantins vers l’Italie toute proche.
Toutefois l’art italien a proposé deux nouveautés, qui vont être adoptées dans toute l’Europe du nord et de l’ouest :
Une nouveauté purement technique : la perspective mathématique.
L’autre nouveauté plus essentiellement esthétique : "la maniera moderna".
La peinture gothique du nord des Alpes, les prétendus "Primitifs flamands" notamment, était parvenue à rendre la troisième dimension selon divers procédés empiriques, des "à peu près", qui aboutissaient à une vision tout à fait crédible du monde.
Mais au cours du 15è siècle les Italiens mettent au point une perspective mathématiquement exacte, qui permet une imitation parfaite de la nature sur une surface plane. L’Illusion de la troisième dimension devient complète.
En outre l’art italien (Ecoles de Florence et de Venise) fait le choix, esthétique, d’une "manière moderne", qui tend à " imiter le réel" en délimitant les contours des personnages et des objets d’une façon plus douce, plus enveloppée, plus fondue que dans le style gothique qui a toujours privilégié des lignes claires, nettes, aigues. Même dans sa version douce du "weicher style" de l’école de Coblence. Andrea Mantegna a pratiqué les deux manières : Le style gothisant, aigu, et le style plus doux, pour se conformer aux désirs d’Isabelle d’Este. Cette "manière moderne", que le "sfumato" de Léonard de Vinci résume parfaitement, va gagner toute l’Europe de l’ouest au nord des alpes.
Ces caractéristiques picturales, pleinement achevées au début du 16è siècle, se perpétuent, dans toute l’Europe, avec des accents un peu différents selon les écoles et les modes, jusqu’à la fin du 19è siècle et au début du 20è siècle.
Avec l’Art moderne, des peintres comme Manet, Dufy, Matisse, Modigliani etc… remettent au goût du jour une esthétique en deux dimensions, proche de celle de l’époque paléo-chrétienne et byzantine.
Après six siècles d’effort pour échapper aux contraintes qu’imposent la planéité de la page, du mur, du bois ou de la toile, et représenter le monde en trois dimensions, c’est la revanche de la peinture plate, une revanche qui culmine dans l’art abstrait.
Pour faire du "Nouveau", une des volontés caractéristiques de l’Art Moderne, les artistes se sont une fois de plus inspirés du passé. Mais ce n’est plus le passé gréco-romain, comme au temps de la "Renaissance". C’est l’art Byzantin, paléo-chrétien, roman et gothique qui est leur source, le plus souvent inavouée. Car proclamer que l’on fait du Nouveau avec de vieilles recettes, n’est pas idéologiquement conforme. L’artiste se proclame donc "avant gardiste", tout en visitant avec assiduité les salles du Louvre consacrées à la peinture gothique flamande, germanique, italienne !
.
FROM GOTHIC TO HUMANISM, CALLED "RENAISSANCE", TO MODERN ART

The Italian painting of the 13th-15th centuries is particularly instructive: it highlights the very gradual evolution of European painting which starts from a linear style, close to the style of Byzantium and the Palaeo-Christian style ("flat painting" , In two dimensions), to arrive at the totally realistic style, which will impose itself at the end of the 15th and the 16th century (painting in three dimensions).
This evolution is already perceptible during the period of Romanesque art, but it becomes evident especially during the Gothic period. It can be very well perceived in works painted in books: The illuminations. According to the schools, the evolution is more or less rapid, but it follows the same path.
Gradually, during the 14th and 15th centuries, Italian Gothic artists succeeded in rendering more convincingly, more in conformity with human vision, the volumes of the characters, the pyschological expressions, and the perspective. The paintings gain in depth, the illusion of the third dimension on a flat surface (wall, book or easel table) is done with each generation more credible.
This evolution can be seen very well if one starts with the works of Simone dei Crocifissi (1365) or Guido da Siena (1380), still very close to the Byzantine aesthetics, to arrive at Carlo Crivelli (1485) passing by Pietro and Ambrogio Lorenzetti (circa 1340) and continue the evolution towards "full painting" (in three dimensions) until the beginning of the 16th century.
This technical evolution is also common to all the painting in Western Europe: in Flanders, in Germany, in France, in the Iberian peninsula. It is not limited to Italian painting. The evolution to the north of the Alps, towards the three-dimensional painting, is quite similar to that seen in Italy, despite the differences in style. But it is not so easy to see because northern Europe favored stained-glass windows over frescoes. But the more fragile stained-glass windows are less likely to testify. Because also easel paintings appeared a little later, or were destroyed by the Protestants during the wars of religion. Italy is, for this reason, that has better preserved its artistic heritage, a privileged witness to the evolution of European painting.
The official history teaches that the Renaissance is a "renewal", a "progressive", "revolutionary" point of departure, the bearer of great beneficial changes, of "Progress". This story is written under the pressure of contemporary ideologies, our contemporary religions in the West, which distort our vision of the world to make it conform to their beliefs and interests. In reality the Renaissance is the point of completion of an effort pursued for several centuries, since the year 1000 in big dates, by European civilization in all fields. And more particularly in the field of painting to represent the world as the eyes of man see it.
The originality of the Renaissance, in art, is elsewhere: Humanism introduces new, non-religious themes, inspired by Philosophy, Mythology and the History of Greece and Rome. New themes added to ancient themes, drawn from the Catholic religion. Without excluding them.
"The Renaissance" is essentially a return to the past! And this is one of the reasons why Italy is one of the privileged lands:
1) Because Italy has preserved much more testimony from Greco-Roman antiquity than other European countries, including Greece, which was shaken in the 7th century by the Slav invasions and abandoned by Byzantium.
2) Because the Turkish-Muslim conquests of Europe under Byzantine influence, from the 14th century onwards, caused many Byzantine scholars to flee to nearby Italy.
However, Italian art has proposed two novelties, which will be adopted throughout northern and western Europe:
A purely technical innovation: the mathematical perspective.
The other novelty more essentially aesthetic: "la maniera moderna".
Gothic painting in the north of the Alps, the so-called "Flemish Primitives" in particular, had succeeded in rendering the third dimension according to various empirical methods, "approximately", which resulted in a totally credible vision of the world.
But during the 15th century the Italians developed a mathematically exact perspective, which allows a perfect imitation of nature on a flat surface. The Illusion of the third dimension becomes complete.
In addition, Italian art (Florence and Venice Schools) makes the choice, aesthetic, of a "modern way", which tends to "imitate the real" by delimiting the outlines of the characters and objects in a style more soft, more enveloped, more melted, than in the Gothic style, that has always favored the clear lines, sharp, acute. Even in its sweet version of the "weicher style" of the Koblenz school. Andrea Mantegna practiced both ways: Gothic style, sharp, and softer style, to conform to the desires of Isabella d’Este. This "modern way", which Leonardo da Vinci’s "sfumato" sums up perfectly, will win all of Europe from the west to the north of the Alps.
With modern art, painters like Manet, Dufy, Matisse, Modigliani etc … bring to the taste of the day an aesthetic in two dimensions, close to that of the Paleo-Christian and Byzantine era.
After six centuries of effort to escape the constraints imposed by the flatness of the page, the wall, the wood or the canvas, and to represent the world in three dimensions, it is the revenge of flat painting, a revenge that Culminates in abstract art.
To make the "New", one of the characteristic wills of Modern Art, artists once again inspired by the past. But it is no longer the Greco-Roman past, as in the time of the "Renaissance". This is the Byzantine art, paleo-Christian, Romanesque and Gothic, which is their source, often not publicly aknowleged. Because to proclaim that one makes New, with old recipes, is not ideologically conform. The artist thus proclaims himself "avant garde", while visiting with diligence the rooms of the Louvre devoted to Flemish, Germanic, Italian Gothic painting!